Antarctique: où en est la protection de la biodiversité ?

En Antarctique, les menaces qui pèsent sur la biodiversité ne cessent d’augmenter, et ce, malgré son isolement et sa protection en vertu du Traité sur l’Antarctique.

L’augmentation des activités humaines, la pollution, les invasions biologiques et les impacts omniprésents du changement climatique contribuent tous à exercer une pression sur les écosystèmes de l’Antarctique.

Afin d’en savoir plus sur la banquise et l’Antarctique, je vous renvois vers l’article: ICE CASTING: WHAT IS THE ROLE OF WAVES ?

Le sujet de cette article concerne trois chercheurs; Hannah S. Wauchope (zoologiste à Cambridge), Justine D. Shaw (biologiste en Australie) et Aleks Terauds (programme de conservation et de gestion en Antarctique, Australie); qui ont fait une évaluation à l’échelle du continent de la protection de la biodiversité en Antarctique. Leur étude a été publiée le 26 Février 2019 dans la revue Nature et a été financée par le Comité permanent du système du Traité sur l’Antarctique du Comité scientifique pour la recherche en Antarctique (SCAR).


crédit photo : Jaudras cf. unmondesciences.fr

Il y a en Antarctique des zones spécialement protégées qui couvrent moins de 2% de l’Antarctique. Dans ces zones se trouvent 44 % des espèces (y compris les plantes et les invertébrés). Cependant, la protection est inégale d’une région à l’autre car se sont les espèces les plus charismatiques et les plus facilement détectables, comme les oiseaux de mer, qui sont privilégiées.

Comme souvent, l’Antarctique est perçu comme une nature sauvage épargnée par les menaces qui pèsent sur le reste du monde, mais des travaux récents ont montré que les trajectoires de conservation en Antarctique sont similaires à celles du monde. Les écosystèmes et la biodiversité antarctiques sont de plus en plus menacés, principalement à cause du changement climatique, des invasions biologiques, de la pollution et de l’empreinte croissante de l’activité humaine.

Cependant, l’Antarctique est favorisé par une tradition de protection unique à l’échelle du continent.

Premièrement grâce aux mesures convenues pour la conservation de la flore et de la faune antarctiques (1964) et plus récemment au titre du Protocole sur la protection de l’environnement du Traité sur l’Antarctique (1998). Ce protocole désigne l’Antarctique comme une réserve naturelle, consacrée à la paix et à la science.

Il offre un haut niveau de protection de l’environnement. Désormais, il est interdit d’exploiter et d’explorer des mines ainsi que d’introduire intentionnellement des espèces non locales.

De plus, il a instauré une réglementation stricte en matière de perturbation des espèces locales et une gestion respectueuse des déchets.

Mais malgré ce niveau de protection unique, des observations récentes ont révélé des impacts dramatiques sur les écosystèmes de l’Antarctique, en particulier dans les zones proches de fortes concentrations d’activité humaine.

Afin de résoudre ce problème, l’annexe V du Protocole (créé en 2002) met en place des zones spécialement protégées de l’Antarctique (ZSPA). Ces zones sont assignées pour protéger des valeurs environnementales, scientifiques, historiques ou naturellement exceptionnelles, ou plusieurs de ces valeurs à la fois.

En effet, les ZSPA sont fondamentales pour réduire les impacts humains sur les écosystèmes et la biodiversité antarctiques. Dans ces zones, les activités autorisées sont détaillées, l’entrée n’est possible qu’avec un permis délivré par une autorité nationale et une fois qu’une ZSPA est adoptée il est du devoir de tous les décideurs de veiller à ce que les valeurs de la zone continuent d’être protégées.

Toutes ces décisions permettent de réduire grandement les menaces, principalement en limitant au maximum les activités humaines (sciences et tourisme) ainsi qu’en diminuant les impacts des invasions biologiques et de la dégradation de l’environnement.

Néanmoins, même si la forte protection de cet environnement ne permet pas d’atténuer directement les effets du changement climatique, cela atténue d’autres menaces majeures ce qui va réduire les effets synergiques, un peu comme l’effet papillon.

Il a été prouvé à l’échelle mondiale que cette méthode de mise en place de zones protégées est la plus efficace jamais créée.

De plus en plus de débats ont lieu dans les forums politiques mondiaux et dans la littérature scientifique sur la nécessité pour les ZSPA de faire face aux menaces futures. Cependant, l’étendue de la protection des espèces antarctiques par les ZSPA n’est pas encore connue, ce qui est un point essentiel à définir. Grâce à cela, la protection des zones face à l’intensification des activités humaines en Antarctique pourra être améliorée.

Vous allez voir dans cet article un aperçu de la protection de la biodiversité en Antarctique effectué par les trois chercheurs vu précédemment. Ils ont utilisé le jeu de données sur la biodiversité antarctique le plus complet jamais compilé, contenant plus de 48 000 espèces.

Ces scientifiques ont remarqué que « malgré les lacunes dans la couverture actuelle de la biodiversité par les ZSPA, le système du Traité sur l’Antarctique fournit une base solide pour améliorer la protection de la biodiversité sur le continent ». Les résultats sont là et ils mettent en avant une inégalité de la protection de la biodiversité mais aussi des moyens de résoudre ce problème.

Une protection inégale de la biodiversité en Antarctique

Un défi considérable: réussir à obtenir une base de données parfaitement complète

Réussir à obtenir une base de données complète sur la biodiversité en Antarctique est un vrai défi en raison de la localisation lointaine du continent et de l’inaccessibilité de nombreuses zones. Les données varient notamment entre les ZSPA, certaines faisant l’objet d’enquêtes plus complètes que d’autres.

Plusieurs de ces problèmes pourraient être résolus à l’aide de programmes informatiques pour, par exemple, créer des modèles de répartition des espèces. Cela reste tout de même d’une grande complexité du fait de nombreux obstacles comme la séparation de nombreuses (2 000) espèces sur les terres de l’antarctique.

Heureusement, les chercheurs n’ont pas eu véritablement à gérer ce problème car leur base de données fournit des informations plus que suffisantes pour obtenir un aperçu de la protection de la biodiversité en Antarctique. En effet, elle est plus complète que tout ce qui a déjà été compilé pour l’Antarctique terrestre et comprend des archives de grands herbiers antarctiques, des centaines de publications scientifiques et tous les plans de gestion de la ZSPA.

Dans ce contexte, ils ont tous ce dont ils ont besoin pour atteindre leur objectif principal à savoir, « informer et faire progresser la protection systématique des zones à l’échelle du continent en Antarctique terrestre ».

Une répartition inégale de la biodiversité

La biodiversité terrestre de l’Antarctique se limite principalement aux zones définitivement libres de glace ce qui se rapporte à environ 0.2 et 0.5 % du continent (21 745 km à 45 886 km). Les chercheurs ont constaté que 44 % des espèces, animales et végétales, sont présentes dans les ZSPA. Ce résultat est étonnamment élevé étant donné que seulement 1.5 % de la zone libre de glace est protégée. Malgré cela, ils ont remarqués que, pour les espèces présentent dans les ZSPA, 52 % ne se situent que dans une seule ZSPA.

De plus, les analyses à grande échelle montrent que les animaux, et en particulier les oiseaux, ont un niveau de protection plus élevé que les végétaux. Ceci ne compte qu’environ un tiers des espèces (500 sur 1 216) dans les ZSPA. à cette inégale répartition vient s’ajouter une autre inégalité.

Une protection inégale de la biodiversité au niveau régionale

L’Antarctique compte 16 régions définies par leurs communautés biologiques et leurs caractéristiques physiques, climatiques et environnementales, elles se nomment les écorégions. Elles représentent la diversité des espèces et des communautés en Antarctique. La protection de la biodiversité dans les ZSPA est inégale dans les 16 écorégions.

En effet, quatre ne contiennent pas de ZSPA et dans celles où des ZSPA sont présentes, la proportion d’espèces présentes dans au moins une des ZSPA varie de 8 à 95 %.

Cependant, la répartition inégale des espèces sur le continent signifie qu’une écorégion qui contient une grande quantité de ces espèces ne protégera pas nécessairement une partie importante de la biodiversité antarctique.

À l’aide de différentes méthodes scientifiques, les chercheurs ont réussi à obtenir une vision d’ensemble de la protection de la biodiversité en Antarctique. Ils ont alors remarqué de grandes différences en termes de niveaux de protection des végétaux et des animaux, « la protection de la végétation dans les ZSPA était maximale dans les écorégions des îles Orcades du Sud et de la Péninsule Antarctique Nord. De même, nous avons constaté que les ZSPA de l’écorégion du nord-ouest de la péninsule antarctique protègent la deuxième plus grande proportion d’espèces (50 et 24 % de toutes les espèces de l’Antarctique). »

Une nouvelle méthode pour améliorer la protection de la biodiversité en Antarctique

L’évaluation du niveau réel de protection accordée aux espèces est compliquée. Dans certains cas, le biote (ensemble des organismes vivants (flore, faune et micro-organisme) présents dans un habitat, biotope particulier ou un lieu précis) qui se situe dans une zone spéciale protégée peut ne pas être protégé davantage que ceux qui sont en dehors de cette zone. Par exemple, des scientifiques qui entreprennent des recherches géologiques ont piétiné par inadvertance des communautés de plantes rares dans la zone désignée pour protéger les valeurs scientifiques.

Il est également possible que des zones qui sont désignées pour protéger une espèce spécifique ne protègent que très peu, voire aucune, autres espèces présentes dans la zone.

Bien que le protocole prévoie la gestion de différentes espèces en même temps, il n’existe que quelques cas où cette tentative a vraiment été tentée.

De plus, alors que la majorité des espèces présentes dans des ZSPA sont situées dans des zones désignées pour la biodiversité, la répartition de la protection est inégale et 9 % des espèces ne se trouvent que dans des ZSPA désignées non liées à la biodiversité.

En outre, cinq écorégions n’ont pas de ZSPA désignées pour la protection de la biodiversité et si on ne tient compte que des ZSPA désignées pour la protection de la biodiversité, la moyenne des espèces présentes dans au moins une aire protégée chute à 40 %.

Selon les scientifiques, ces résultats mettent en évidence la possibilité de mettre en place une gestion à objectifs multiple, c’est-à-dire, par exemple, de désigner une ZSPA pour plusieurs raisons et non pour une seule.

Comment résoudre ce problème de protection inégale ?

Bien que la base de données des chercheurs soit la plus complète jamais réalisée pour l’Antarctique, elle possède tout de même des limites.

Le manque de données sur les écosystèmes marins les a notamment restreints à l’étude des espèces terrestres, vie microbienne non inclue alors que celle-ci subît de plus en plus les dangers d’origines humains.

À cela vient s’ajouter le fait que certaines espèces soient plus privilégiées que d’autres car elles sont facilement détectables et charismatiques par rapport aux espèces moins visibles, dont beaucoup constituent la biodiversité terrestre prédominante.

De plus, des études récentes ont montré qu’il fallait être plus précis lors de la mise en place de systèmes d’aires protégées, car trop favoriser une espèce pourrait conduire à la mise en danger des autres biote.

Globalement, les chercheurs ont tout de même réussi à produire une évaluation importante qui atteint l’objectif visant à informer et à aider la protection de la biodiversité de l’Antarctique terrestre. Leur travail identifie clairement les inégalités présentes tant au niveau régional que des espèces. Il faut cependant tenir compte du fait que la répartition de la biodiversité terrestre en Antarctique n’a été disponible que récemment.

Selon les chercheurs, cette situation peut être facilement résolue grâce à la volonté que montre la communauté internationale. En outre, de meilleurs donnés seront bientôt disponibles ce qui maximisera les chances de réaliser les objectifs du Protocole sur la protection de l’environnement du Traité sur l’Antarctique et d’assurer la protection et la conservation à long terme de la biodiversité de l’Antarctique.

Ce qu’il faut retenir :

  • Les menaces qui pèsent sur la biodiversité antarctique augmentent.
  • La protection est inégale d’une région à l’autre et privilégie des espèces facilement détectables et charismatiques comme les oiseaux de mer.
  • Les ZSPA donnent un niveau élevé de protection de l’environnement en Antarctique.
  • Cette situation de protection inégale peut être facilement résolue.
  • Il existe un Protocole sur la protection de l’environnement du Traité sur l’Antarctique, qui assure la protection et la conservation à long terme de la biodiversité de l’Antarctique.


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